Konoshiko: expérimentations graphiques japonisantes

Les Impressions Nouvelles publient un roman graphique de Luc Giard qui mêle bande dessinée et estampe japonaise. Saisissant.

konoshiko de luc giard

Konoshiko est un jeune paysan japonais poursuivi par une multitude de fantômes. Son histoire, bercée par une mythologie personnelle, est racontée en dessins par Raymond Girouard, artiste interné dans l’hôpital du Sacré-Cœur de Montréal. luc giardLe roman graphique se présente du coup en deux parties, avec deux niveaux de lecture. Le premier est composé de planches d’une intensité folle, réalisées à l’encre de Chine, accompagnées d’un texte qui raconte l’histoire dans l’histoire. Le second, simplement d’un récit écrit qui explique le dessein de ces fameuses planches.

Bien évidemment, tout est faux. A l’origine de cette double histoire, il y a Luc Giard, dessinateur québecois. Ce dernier réalise entre 1994 et 2005, déjà sous le nom de Konoshiko, plus de 1000 dessins qui forment une histoire complexe, contradictoire : difficile à utiliser en l’état. Mais il y a de la matière, et pas qu’un peu. Les planches, à l’inspiration japonisante, sont graphiquement étourdissantes. Bref, c’est finalement Jean-Marie Apostolidès qui reprend l’ensemble pour lui donner une véritable cohérence narrative. Plus de 300 dessins sont utilisés. De cette collaboration au long cours sort ce roman graphique chez Les Impressions Nouvelles, sans doute un des plus beaux ouvrages de 2012.

luc giardLes deux niveaux de lecture sont certes intéressants. Ils rendent accessible ce récit fantasque et a priori éloigné de notre culture (celle du paysan). Le second niveau invente une histoire à la vie des planches, les rendant maudites et poursuivant ainsi, en parallèle, l’histoire des fantômes de Konoshiko. Mais la grande force de ce roman graphique, insistons dessus, repose sur ces fameuses planches. Répondant à l’exigence des dessins japonais, elles se caractérisent par une extrême fluidité du trait inspirée de la calligraphie elle-même. Les formes elles-mêmes, en noir et blanc, sont facilement saturées d’encre. Le dessin est chargé, marqué par une véritable profondeur, mais il laisse également l’impression que le lecteur ne voit pas tout, comme un spectateur frustré.

Ce petit objet de merveilles mêle gracieusement les genres. S’agit-il d’une bande dessinée, d’un recueil d’estampes japonaises, ou d’un carnet d’illustrations servant un récit écrit ? Konoshiko met le doigt sur l’interdisciplinarité artistique, dans un roman graphique (il n’y a, pour le coup, pas d’expression plus évidente que celle-ci) de génie, véritable œuvre d’art à la touche épaisse, gracieuse, orgastique.

Crédit: © Giard/Apostolidès – Les Impressions Nouvelles.

Konoshiko par Luc Giard et Jean-Marie Apostolidès (Les Impressions Nouvelles), sorti le 6 novembre 2012.

Gwendal Fossois

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