Boris Vian et l’écume du Neuvième Art

Delcourt à un arrière-goût de Jean-Sol Partre : l’éditeur publie une belle adaptation en roman graphique du magnifique L’Ecume des jours.

Combien d’entre nous ont déjà rêvé de poser leurs doigts sur le pianocktail pour obtenir un fabuleux breuvage aux goûts de musique classique ou de blues ? Le merveilleux instrument est le symbole même de L’Ecume des jours, tout récemment adapté en bulles chez Delcourt. C’est une des premières BD directement inspirées de l’œuvre du grand maître de l’absurde. A peine le lecteur peut-il se procurer les Chansons de Boris Vian en bande dessinée, sorties en 2009 chez Petit à petit, ou une première version surréaliste de L’Ecume des jours par Benoît Preteseille (Warum, 2005).

delcourtCette fois, Jean-David Morvan, scénariste de Troll, Spirou et beaucoup d’autres, est resté au plus près du récit de Vian. On y suit l’évolution du jeune Colin et sa relation avec Chloé qui tombe gravement malade. Ils évoluent dans un monde imaginaire, miroir déformant de la réalité, où les souris dansent et où les appartements se rétrécissent quand leur propriétaire ne va pas bien.

Un imaginaire très coloré

Pour un fan frénétique de l’écrivain – et il y en a ! –, la première attitude saine d’esprit est la méfiance. C’est un peu ainsi qu’on peut se permettre de juger, sans doute à raison, le casting un peu trop brillant de l’adaptation ciné de Michel Gondry prévue pour 2013. Côté bande dessinée, en tout cas, l’auteur ne devrait pas s’en retourner dans sa tombe. Le scénario est fidèle à l’original. Le dessin colle bien, trait simple, épuré, et formes élancées de Marion Mousse (Frankenstein). Seul bémol pourtant que n’annonce pas la couverture d’un beau jaune orangé : l’éditeur a privilégié le noir et blanc. Un peu dommage pour un récit si imagé.

Car c’est bien un imaginaire très coloré que Boris Vian a composé dans son œuvre, publiée en 1947. Les métaphores vont parfois si loin que le récit en est simplement déroutant. Ici, les auteurs n’ont pas peur de se mouiller en figurant des situations hors du commun. Le lecteur trouvera deux pages d’apprentissage des pas de danse du biglemoi, mais verra aussi une cabine téléphonique se rétrécir sous l’effet de la douleur humaine. Mieux encore, et non des moins difficiles : la radio du poumon de Chloé où loge la terrible maladie.

Le passage au dessin rend plus accessible ce récit complexe. On y distingue mieux, aussi, quelques grands sujets interrogés par Vian dans L’Ecume des jours : la religion, le travail et la discrimination des classes populaires, la maladie, les relations sociales, le culte de la personnalité… Mais cette adaptation n’est pas tant une critique acerbe de la société qu’un véritable hommage à l’œuvre du maître, qui devrait se poursuivre dans L’Arrache-cœur. Ce dernier roman publié du vivant de Boris Bian, en 1953, va lui aussi faire l’objet d’une adaptation BD, toujours avec Jean-David Morvan au scénario, mais Maxime Peroz au dessin. Prévu pour la rentrée chez Delcourt, il plonge le lecteur dans un monde délirant et étouffant, pleinement surréaliste, où les enfants, pour s’amuser, mangent des limaces qui font voler.

Crédits: © Guy Delcourt Productions 2012, Morvan – Voulyzé – Mousse.

L’écume des jours par Jean-David Morvan et Marion Mousse (Delcourt/Mirages), sorti le 9 mai 2012.

Gwendal Fossois

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