Un vampire sans saveur pour Tim Burton?

Le réalisateur américain était attendu pour son nouveau film. Mais Dark Shadows se révèle assez décevant.

N’est-il pas loin le temps de Pee-Wee Big Adventure, le premier d’une longue lignée, sorti en 1985 ? Loin aussi le Beetlejuice qui, trois ans après, a vraiment révélé Tim Burton au grand public. Le réalisateur au pantin aux traits de Johnny Depp est au centre d’une double actu, depuis quelques semaines. En plus de l’expo rétrospective à la Cinémathèque du maître de l’obscur délirant, son tout nouveau film Dark Shadows se balade sur les écrans français depuis le 9 mai.

Il s’agit d’une adaptation de la série américaine de Dan Curtis, achevée en 1971 et inédite en France. Le cinéaste ressuscite un vampire passé de mode et maudit par une sorcière décolorée, au visage d’Eva Green, et à l’attitude décalée d’une Meryl Streep de La mort vous va si bien (1992). Tim Burton détourne les codes de l’éternel vampire romanesque, au grand dam des Twilight, Underworld et autres copains du même monde. Suceurs de sang, cadavres et hématomes passent par un prisme où se culbutent la sexualité, la vengeance et la confrontation de deux époques. Le résultat en est plutôt efficace, et c’est sans compter les mimiques de Johnny Depp, désopilantes comme dans chacun des films du réalisateur.

Le mordant ne prend pas

Mais côté sarcasme, Burton a été meilleur, que ce soit dans Mars Attacks! ou Beetlejuice. Il ne parvient pas à modeler un film complètement convaincant, et c’est vraiment dommage, deux ans seulement après le décevant Alice au pays des merveilles. Après un prologue romanesque, noir, esthétique, on ne trouve pas cette saveur caustique promise avec l’apparition du vampire. Le duo Johnny Depp / Eva Green fonctionne jusqu’à un certain point. Si la scène de sexe est plutôt amusante, véritable caricature de notre sexualité, celle de combat entre les deux personnages manque de sel. En fin de compte, le Twilight parodique semble laisser la place à une variante de Buffy contre les vampires ou les gentils doivent gagner coûte que coûte. Un peu dommage.

Le bât blesse également dans la composition des personnages, finalement assez nombreux dans le film. Elizabeth Collins, la mère interprétée par Michelle Pfeiffer, est beaucoup trop sérieuse pour être crédible. La psy Julia Hoffman, alias la terrible Helena Bonham Carter, n’apporte pas grand chose au scénario, à part le plaisir de voir jouer l’actrice. Enfin Victoria Winters (Bella Heathcote), censée être la nouvelle préceptrice de David Collins, n’est pas une seule fois auprès de l’enfant. Ce personnage, présenté comme la troisième roue du carrosse dans le prologue, n’est finalement pas du tout exploité dans le long métrage. Lorsque la jeune femme avoue avec émotion son enfance difficile, le mordant ne prend pas. En plus de sombrer dans le cliché, la scène n’apporte rien à l’ensemble, confirmant simplement une résurrection dont le public connait l’existence dès le début du film.

Le long métrage n’est pourtant pas sans saveur et, malgré ses incohérences, il est d’ailleurs plutôt plaisant. Mais il risque de ne pas marquer autant que certains chefs d’œuvre signés Burton : Edward aux mains d’argent, L’Etrange Noël de Monsieur Jack, Big Fish… L’expo à la Cinémathèque est d’ailleurs l’occasion de revoir ces films jusqu’en juin, dans le cycle de projection « Monstres ! ». De quoi ne pas bouder son plaisir en replongeant dans les rêves cauchemardesques du maître.

Photos: © Warner Bros.


Dark Shadows par Tim Burton, sorti le 9 mai 2012 en France, le 11 aux Etats-Unis.

Gwendal Fossois

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