Les autres gens, « on arrête parce que c’est bien »

La bédénovela lancée sur le Web par Thomas Cadène va prendre fin en juin 2012. Le scénariste de la série en explique les raisons.

« Fatigué mais heureux, fier du bébé, fier d’avoir réussi, fier d’avoir bossé avec des dessinateurs et des scénaristes extraordinaires, fier de nos lecteurs, je tourne la page parce qu’elle est belle. » Le texte de Thomas Cadène, publié hier 1er mars sur le site des Autres gens, a été une belle surprise. Lancée en fin d’année 2010, la saga achèvera sa seconde et dernière saison en juin prochain.

Le scénariste dessinateur a relevé un véritable défi : lancer un modèle économique numérique viable. C’est sans compter le système collaboratif original : un auteur différent d’un épisode à un autre. Le façonnage subtil de l’ensemble a permis le développement du concept de bédénovela : une bande dessinée créée sur le long terme, composée d’épisodes comme une véritable série TV.

Nous avions interrogé Thomas Cadène il y a un peu moins d’un an pour mieux comprendre le projet. Cette fois, l’artiste a répondu à nos questions concernant l’annonce de cette fin.

L’annonce de la fin des Autres gens a surpris pas mal de monde. Qu’est-ce qui s’est passé ?
Thomas Cadène : Tout ce que j’ai dit [sur le site Internet] est vrai. Je suis content de ce qu’on a fait et je n’ai pas envie de m’épuiser. Ça me prend beaucoup plus de temps que ce que je pensais. Je préfère arrêter avant que ça devienne gênant. Il y a les frustrations liées au fait que je suis trop seul à porter la machine. Pour pouvoir passer la main, comme je l’envisageais au début du projet, il aurait fallu que nous changions notre structure, notre mode de travail.

L’édition papier n’a pas aidé économiquement ?
Le papier a bien sûr aidé, il a participé à la découverte du travail par de nouveaux lecteurs, il a joué un rôle important aussi bien économiquement qu’en matière de diffusion mais ce ne changeait rien à la structure. C’était un éditeur numérique qui vendait ses droits à un éditeur papier. La majorité de l’argent allant aux auteurs. Il aurait fallu qu’on soit une plus grosse structure. Nous n’avons bénéficier à ce jour d’aucune aide. C’est quand même incroyable dans le domaine de la création numérique. En tout cas, on aura eu l’utilité de montrer la pertinence de la BD via un modèle numérique, on a réussi ça. De mon expérience, je sais qu’on aurait pu réussir beaucoup mieux. Il y a des frustrations, mais pas de frustration d’échec. J’ai vu qu’il y a un vieux monde qui n’y a rien compris, notamment du côté de certains éditeurs. Le seul truc dont je n’ai pas trop parlé, c’est cette forme d’usure d’être face à un potentiel qui n’est pas validé parce qu’on est seul. On arrête parce que c’est bien. Je suis plutôt content de ce qu’on a parcouru et des quatre mois qui viennent.

Est-ce que vous imagineriez poursuivre l’aventure sur papier et plus sur le Web ? L’idée que Dupuis publient une troisième saison de la série… ?
On en est encore loin, le rythme de parution est très éloigné de la mise en ligne. Il faudra déjà voir si Dupuis publie la saison 2. Mais franchement j’en sais rien. Il est important de comprendre que le site n’est pas mort. On peut penser à de la rediffusion, comme pour la télévision.

Dans le cas des séries télé, il me semble que l’intérêt du public est dans l’instant et pas forcément sur le long terme… ?
Bien sûr. Mais, à mon avis, on n’a pas fait Amour, gloire et beauté version dessin. Je pensais à une série classique qui serait rediffusée sur un portail à partir du premier épisode. Une manière d’exploiter les archives. Je pense vraiment à un truc comme le streaming… Sur le plan du modèle économique, on aurait les droits d’auteur à redistribuer. Pour moi, c’est très intéressant ces débouchés, ces possibles développements, les suites qui peuvent être apportées à cette aventure.

Comment les auteurs ont-ils accueilli la nouvelle ?
Pour eux, c’était une expérience qui était très chouette. Ça va peut être manquer, le côté « terrain d’expérimentation ». Après, ils s’en remettront ! Ils étaient un petit peu surpris, mais il était plus au courant que les lecteurs de cette situation. Ils m’ont tous dit « tu vas pouvoir prendre des vacances ! ». Pour moi, c’est une décision qui n’est pas dramatique. Je suis serein, mais ça fait bizarre.

Des projets personnels en route ?
J’ai un projet dans la jeunesse avec Christophe Gaultier, actuellement publié dans Moi Je Lis qui sera publié en BD chez BayardKids. Quelques dessinateurs m’ont demandé si j’avais un scénario pour eux… Petit à petit, je quitte le dessin. Le scénario, ça a vraiment été une révélation. Le dessin ne me manque pas tant que ça. J’adore écrire. Dans Les autres gens, je compensais les frustrations visuelles d’épisode en épisode. Le seul petit manque, c’est que quand on est dessinateur on a la maîtrise de l’univers visuel qu’on crée.

Avez-vous prévu une fin marquante pour Les autres gens ?
Pour moi, la réalité de la fin est assez floue. J’avais vu le très bon dernier épisode de Six Feet Under. J’aimerais faire un truc qui ne soit pas du foutage de gueule, qui soit cohérent et un peu fort. J’aimerais que tout le monde pleure un peu, pas parce que c’est triste mais parce que c’est la fin. Je voudrais un peu que ce soit un cataclysme émotionnel.! [Rires]

Et Kader et Romain… ça va aller ?
Ah, c’est le couple qui traumatise tout le monde ! Il y a déjà beaucoup d’éléments posés. Je n’en dirai pas plus…

Images : © Les autres gens/Dupuis.

Aller sur le site des Autres gens. Le tome 6 (Dupuis) en librairie le 16 mars 2012.

Gwendal Fossois

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