Yayoi Kusama, deux poi(d)s deux mesures

L’artiste contemporaine illumine le Centre Pompidou de ses œuvres hautes en couleurs. Comme une gigantesque installation sur le thème du pois. Mais pas seulement.

yayoi kusama

Les relations étroites entre l’art et la folie ont toujours passionné les contemporains. Et si la folie était une des clés pour comprendre l’art ? Yayoi Kusama, elle, est instable psychologiquement. Ses œuvres se prêtent étrangement à toutes les folies hallucinatoires imaginables. Elle est exposée jusqu’au 9 janvier au Centre Pompidou. C’est une vraie révélation plastique.

Yayoi Kusama est intrigante. Car elle n’a jamais voulu entrer dans école spécifique de l’art contemporain. Et pour éviter tout amalgame, elle a varié les techniques de représentations autant que les médiums. Le parcours est vraiment polymorphe : installations lumineuses, sculptures, peintures abstraites ou monochromes avec jeux de surface…

Mais si l’œuvre de Yayoi Kusama est clairement hétéroclite, elle n’en reste pas moins logique. Comme si ces changements plastiques résultaient de passages d’une phase à une autre. Comme si l’artiste japonaise estimait avoir terminé d’étudier telle représentation et passait à autre chose.

Yayoi Kusama est surprenante. Parce qu’aucune de ses œuvres n’est isolée l’une de l’autre. C’est bien ici qu’est la grande force de l’exposition. Ce n’est pas tant l’obsession des pois que celle des formes, qu’il s’agisse d’objets utilitaires recouverts de phallus ou de tentacules rouges qui sortent littéralement du sol. Ces objets attirent et répugnent à la fois : véritable introspection du désir, crue et froide.

Il y a également un certain émerveillement dans les couleurs vives ou dans les installations. Le spectateur peut se promener dans une salle rouge recouvertes de pois blancs remplie de ballons gonflés, à l’image de jeux pour enfants (Dots Obsession. Infinity Mirrored Room, 1998). Il passe ensuite dans une seconde pièce où des lumières de différentes couleurs se reflètent en échos dans des mini-parcs à eau et des miroirs (Infinity Mirror Room (Filled With the Brillance of Life), 2011). Paysage improbable et splendide.

Yayoi Kusama est impénétrable. Son propos n’est jamais évident. Peut-être parce qu’il nous touche directement et ne nécessite plus alors d’explications rationnelles. Il est question de sexualité, de répétition à l’infini de motifs colorés – le pois en priorité. Il est également fait état de lieux carrément retranchés de la salle du Centre Pompidou, où c’est le fantastique ou le merveilleux qui a prise sur nous.

Mais quelle signification peut avoir cette salle à manger plongée dans l’obscurité, en ouverture d’exposition, dont des néons rendent fluorescent les centaines de pois qui la recouvrent (I’m Here but Nothing, 2000-2011) ? Peu importe, ce qui compte c’est la beauté de l’instant.

Yayoi Kusama au Centre Pompidou du 10 octobre 2011 au 9 janvier 2012.

 Gwendal Fossois

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