L’Inde s’invite à Paris

Le Centre Pompidou présente Paris-Delhi-Bombay jusqu’à ce 19 septembre. Une exposition à visiter de toute urgence.

Tara de Ravinder Reddy © Centre Pompidou. Photo sur Picasa

Des paillettes colorées et métallisées papillonnent sur un carré de tissu rectangulaire de plus de 5 mètres sur 3. L’effet rendu, brillant, est un peu kitsch, mais attire l’œil. À y regarder de plus près, on comprend qu’il s’agit d’un mariage des drapeaux indien et français, réunis par leur bande blanche centrale commune. On peut voir l’œuvre d’OrlanHybridation des drapeaux indien et français avec sequins, – à l’entrée de la galerie du Centre Pompidou où l’Inde est à l’honneur jusqu’au 19 septembre.
Paris-Delhi-Bombay rassemble les œuvres d’une cinquantaine d’artistes indiens et français qui donnent leur perception de cette République d’Asie, deuxième pays du monde le plus peuplé après la Chine. Ouverte au public depuis le 25 mai, l’exposition a attiré foule, avec en moyenne 3000 visiteurs par jour.

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Hybridation des drapeaux indien et français avec sequins d'Orlan © Centre Pompidou. Photo sur Picasa

À peine passé la porte de la galerie, on tombe nez à nez avec un pan de mur recouvert de claviers et souris d’ordinateur. Pour réaliser son œuvre, My hand smell of you, Krishnaraj Chonat a appelé le public de Beaubourg à déposer leurs outils informatiques usagés en février dernier. Une manière de réfléchir sur les enjeux environnementaux indiens. À l’image d’une Inde à peine fantasmée, l’exposition se veut un joyeux bazar coloré. Réductrice ? Même pas.
Au centre de l’espace se tient le buste Tara réalisé par Ravinder Reddy. En partie composée avec des feuilles d’or, cette statue est l’image de la femme indienne et le symbole de l’exposition à la fois. Elle sert de point de repère spatial aux visiteurs car domine les 6 entrées de Paris-Delhi-Bombay. Imperturbable, elle semble observer le public passer indéfiniment, à la manière d’une divinité protectrice.

Le bidonville de Dharavi, le plus grand d’Asie

L’exposition se découpe en 6 thèmes permettant de comprendre la société indienne. Et elle a l’avantage de les expliquer en profondeur, sans s’en justifier pour autant. On se baladera donc d’une œuvre à une autre, de la politique à l’urbanisme et l’environnement. De la religion au foyer. De l’identité à l’artisanat. Et on pourra aller dans le sens que l’on souhaite, sans suivre un parcours imposé, laissant ainsi nos affinités personnelles pour tel ou tel sujet prendre le dessus.
Les différents parcours possibles sont très riches. On y croise tous types d’œuvres : installations, vidéos, photos, sculptures, peintures, etc. Et les formats divergent d’une salle à une autre. Il y a de la grandeur et de l’économie de l’espace dans Ali Baba de Subodh Gupta : la salle se transforme en magasin où de la vaisselle en Inox est empilée à terre, sur les étagères, sur le plafond. L’ensemble brillant, symbole d’un bazar indien, entoure complètement le visiteur.
Un peu plus loin, on fait face à trois guirlandes rouges dont 2 sont accrochées au mur et la dernière pend sur une chaise, Virtually Untouchable-III de Sunil Gawde. L’ensemble n’est a priori pas révolutionnaire. Sauf qu’en y regardant mieux, on s’aperçoit qu’elles sont constituées de lames de rasoir. Impossible de ne pas s’imaginer avec ce collier tranchant autour du coup. La référence à la mort de Rajiv Gandhi est directe : en 1991, le Premier ministre indien est assassiné par une terroriste portant au cou une guirlande de fleurs cachant un explosif.

Hema Upadhyay, Think Left, Thing Right, Think Low, Think Tight © Centre Pompidou

L’œuvre de Hema Upadhyay est sans doute la plus emblématique de l’exposition. L’artiste l’a intitulée Think Left, Thing Right, Think Low, Think Tight. Le nom, un peu long, attire le regard. C’est un ensemble d’indications cartographiques. Le travail de Hema Upadhyay se déploie sur les deux murs, en face à face, d’un couloir que traverse le public. Des deux côtés, on peut voir la reconstitution du bidonville de Dharavi, à Bombay, considéré comme le plus grand d’Asie : de minuscules maisons, immeubles, lignes haute tension, rues, etc. La fragilité et à la fois l’immensité de ce lieu, ainsi représenté, donnent au spectateur une impression de gêne et d’oppression.

L’identité sexuelle et les transgenres

Il y a beaucoup de choses à dire sur l’exposition, de nombreux thèmes sur lesquels revenir. On est par exemple assez surpris de tomber sur des œuvres de Pierre et Gilles qui, avec leurs représentations revendiquées de stéréotypes, se marie finalement plutôt bien avec le reste de l’exposition. On sourit de l’Ignitaurus de Jitish Kallat, une sculpture en squelette représentant un animal mi-taureau mi-moto, censée parler des conflits sociaux en Inde.
On est terriblement mal à l’aise devant The Game of Life de Gilles Barbier. L’artiste a réalisé une installation en forme de damier découpé en îlots. Et sur l’ensemble semblent se balader des clones expressifs, aux visages bien trop réalistes : on s’attend d’un instant à l’autre à les voir ouvrir les yeux pour nous effrayer. Ces clones sont les symboles d’états humains différents et possibles. On y notera notamment le 1er personnage dont le corps, en forme de cube, est parsemé de verges en érection.

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Kader Attia, Collages, extrait © Kader Attia 2011

Un des thèmes les mieux abordés est celui de l’identité sexuelle et du transsexualisme en particulier. Kader Attia s’intéresse aux hijras, une communauté du 3e sexe en Inde. Il propose d’aborder la question transgenre au cours d’un reportage vidéo, Collages, qui suit 3 transsexuelles à Paris, Alger et Bombay. Dont Hélène Hazera, artiste et journaliste française militante chez Act Up. Ces femmes évoquent leur passé et leurs souvenirs au sein de ces trois sociétés différentes.
On sort un peu épuisé de l’exposition. On se serait passé de certaines œuvres, mais on se réjouit de la richesse de l’entreprise. Il paraît inutile de comparer artistes français et indiens. Qui parle le mieux de l’Inde, sans y induire une vision nécessairement stéréotypée et réductrice ? Si le regard porté sur la culture indienne dépend de chaque artiste, c’est l’ensemble des œuvres, en discours perpétuel qui est porteur de pistes de réflexion au public. C’est un tout foisonnant, surprenant et joyeux.

Paris-Delhi-Bombay au Centre Pompidou (Paris 4e), jusqu’au 19 septembre 2011.

 Gwendal Fossois

Une réflexion sur “L’Inde s’invite à Paris

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